Faut-il être calme pour bien jouer ?
Trouver tes repères pour bien jouer, même quand la tension est là.
LE MENTAL EN COMPÉTITION
10/15/20263 min temps de lecture


Faut-il être calme pour bien jouer ?
Quelques minutes avant le début, ton cœur accélère. Ton ventre se serre. Tu regardes les autres : ils ont l’air tranquilles. Tu aimerais te sentir comme eux.
Alors tu essaies de te calmer. Tu respires, tu te répètes que tout va bien. Puis tu vérifies : « Est-ce que je stresse encore ? »
Oui.
Et une nouvelle inquiétude apparaît : « Si je commence dans cet état, je vais passer à côté. »
Mais faut-il vraiment être calme pour bien jouer ?
Ressentir de la tension ne prédit pas ta performance
Avant une compétition, plusieurs choses peuvent se mélanger : l’envie de commencer, la peur de décevoir, l’incertitude du résultat, l’énergie de l’échauffement.
Un cœur qui bat vite ne permet pas, à lui seul, de savoir comment tu vas jouer.
Il faut distinguer ce qui se passe dans ton corps et ce que tu en conclus. « Mon cœur accélère » décrit une sensation. « Je vais perdre mes moyens » est une prédiction.
Cette prédiction peut sembler convaincante. Elle n’est pourtant pas encore un fait.
Les recherches en psychologie du sport invitent justement à distinguer l’intensité de l’anxiété et la manière dont le sportif la perçoit : comme quelque chose qui le gêne ou qui peut accompagner son engagement. Cela ne signifie pas que tout stress est bénéfique, ni qu’il suffirait de le regarder autrement pour réussir.
Cela signifie que ton niveau de tension ne raconte pas, à lui seul, toute l’histoire.
Le calme peut aider, sans devenir une obligation
Chercher à t’apaiser peut être utile, notamment si tu te sens débordé ou précipité. Mais le calme devient une exigence supplémentaire lorsque tu te dis : « Tant que je stresse, je ne suis pas prêt. »
Imagine cette situation fictive : un joueur termine son échauffement. Il connaît sa première consigne, ses déplacements sont disponibles, mais il ressent encore des papillons dans le ventre. Doit-il attendre qu’ils disparaissent pour s’engager ?
Il peut aussi commencer avec cette sensation et un repère clair.
L’objectif devient alors plus concret : être suffisamment disponible pour regarder, décider et agir. Tu peux examiner ce que tu parviens à faire, plutôt que juger ta préparation uniquement à partir de ce que tu ressens.
Trouver ce dont tu as besoin aujourd’hui
Il n’existe pas un état intérieur identique à rechercher chez tous les sportifs, dans toutes les situations.
Avant une épreuve, tu peux te sentir très tendu et partir trop vite. À un autre moment, tu peux manquer d’élan. Tu peux aussi ressentir une forte énergie tout en restant attentif à ce qui se passe.
La question utile est donc : « Qu’est-ce qui me gêne concrètement pour commencer ? »
Est-ce une précipitation dans tes gestes ? Une attention absorbée par le résultat ? Une incertitude sur ce que tu dois faire ?
Cette précision évite de répondre automatiquement à chaque difficulté par « il faut que je me calme ». Parfois, tu as surtout besoin de clarifier une consigne ou de terminer ton échauffement.
Une expérience : choisir ton premier repère d’action
Voici une piste à tester d’abord à l’entraînement, dans une situation avec un peu d’enjeu.
Avant de commencer, reconnais brièvement ton état, sans chercher à le corriger immédiatement : « Je sens de la tension. »
Puis pose-toi cette question :
« Sur quoi puis-je porter mon attention dès la première action ? »
Choisis un repère simple, adapté à ton sport et déjà travaillé avec ton entraîneur. Par exemple :
Au tennis de table : regarder le contact entre la raquette adverse et la balle au service.
Au basket : repérer le joueur dont tu es responsable dès le repli défensif.
En course : respecter l’allure de départ prévue.
Garde un seul repère pour cet essai. « Bien jouer » est trop large. « Ne pas rater » ne précise pas ce que tu vas faire.
Tu peux commencer même si une part de tension reste présente. Le repère sert à orienter ton attention vers une tâche accessible.
Observer ce qui change, puis ajuster
Après l’essai, évite de tout évaluer à partir du score. Demande-toi :
« Ai-je réussi à utiliser mon repère ? »
« M’a-t-il aidé à entrer dans l’action ? »
« Était-il assez simple au moment où j’en avais besoin ? »
Une défaite ne suffit pas à invalider la piste ; une victoire ne prouve pas son efficacité. Observe-la sur plusieurs occasions et ajuste-la si elle te distrait ou devient une consigne de plus à gérer.
Si la tension te déborde régulièrement, en parler à ton entraîneur ou à un professionnel compétent peut t’aider à comprendre ce qui se joue.
Pour ta prochaine compétition, tu peux garder cette question : « Même avec ce que je ressens maintenant, quelle première action suis-je prêt à réaliser ? »
Ludovic Bourdon
Coach en neurosciences & mentor pour jeunes
Basé à Corte, Corse
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